Pourquoi le diabète est dangereux pour le coeur, les reins et les yeux

 Le diabète de type 2 se développe silencieusement pendant que le sucre s’attaque aux vaisseaux sanguins. D’où l’importance pour les personnes à risque de surveiller régulièrement leur glycémie.

C’est une maladie qui se développe sans faire de bruit, sans signes apparents pendant des années. Puis, un jour, si elle n’a pas été dépistée entre-temps, elle s’impose brutalement. «Le diabète m’est tombé dessus sans crier gare. J’ai fait un infarctus, on m’a posé deux stents et on m’a annoncé que c’était à cause de mon diabète de type 2. C’est la première fois que j’en entendais parler! J’avais fait un dosage sucre il y a des années, le médecin m’avait dit qu’il était limite, mais c’est tout», raconte B. X, 71 ans.

Le cas du septuagénaire est loin d’être une exception. En effet, la moitié des diabétiques qui font un infarctus découvre leur pathologie à cette occasion. Or, l’infarctus du myocarde est l’une des complications les plus fréquentes chez les personnes atteintes de diabète de type 2, le diabète le plus répandu, qui se développe généralement après 40 ans. Un diabétique a, en effet, un risque deux à trois plus élevé qu’un non-diabétique de faire un infarctus du myocarde. Au total, un tiers des personnes frappées par un infarctus sont diabétiques.

Le diabète est également à l’origine d’autres complications cardio-vasculaires tout aussi graves, comme l’accident vasculaire cérébral ou encore l’artériopathie des membres inférieurs. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir aux causes de la maladie.

Comment le diabète abîme les vaisseaux sanguins

Le diabète est caractérisé par une augmentation du taux de sucre dans le sang, l’hyperglycémie. C’est l’insuline, une hormone fabriquée par le pancréas qui régule ce taux en permettant au sucre d’entrer dans les cellules pour être utilisé comme source d’énergie. Dans le diabète de type 2, les cellules de l’organisme deviennent moins sensibles à l’insuline qui agit moins bien: c’est l’insulinorésistance. En réponse, le pancréas doit produire plus d’insuline et finit par s’épuiser. Le surpoids et la sédentarité vont favoriser l’insulinorésistance et faire le lit du diabète de type 2 chez des personnes génétiquement prédisposées. Le sucre, présent en trop grande quantité dans le sang, va alors endommager les vaisseaux.

Mais ce n’est pas la seule raison qui explique l’apparition de complications cardio-vasculaires. Le diabète de type 2 s’accompagne d’autres perturbations métaboliques, avec notamment des troubles lipidiques et une hypertension, qu’il faut absolument prendre en charge. En clair, le diabète de type 2 n’est pas uniquement une pathologie liée au sucre.

Ainsi, un diabétique devra non seulement veiller attentivement à maintenir sa glycémie dans l’objectif (en mesurant régulièrement son hémoglobine glyquée), mais il sera également soumis à une surveillance étroite de ses paramètres cardiaques. Outre un bilan lipidique, un diabétique doit passer un électrocardiogramme tous les ans, voire un doppler des artères si besoin.

Des atteintes rénales et oculaires graves

Outre les grosses artères, le sucre va s’attaquer aux petits vaisseaux et provoquer ce que les spécialistes appellent les microangiopathies. Elles sont responsables de complications diverses et parfois dramatiques qui vont concerner le rein, l’œil ou encore les nerfs. Beaucoup des dyalisés sont diabétiques en raison de la néphropathie du diabétique. Le risque d’atteinte des reins va être augmenté par l’hypertension et des maladies qui touchent le rein comme la goutte ou par certains médicaments.Il faut être particulièrement prudent lorsqu’on est diabétique et éviter de prendre des médicaments comme l’Ibuprofène ou d’autres anti-inflammatoires en automédication 

Lorsque le sucre s’attaque aux petits vaisseaux de l’œil, c’est la rétinopathie du diabétique qui touche environ 30% des diabétiques. Cette complication est également redoutable puisqu’elle est la première cause de cécité avant 65 ans. Dès le diagnostic du diabète de type 2, il est primordial de réaliser un examen du fond de l’œil. Ensuite il sera renouvelé tous les ans, voire tous les deux ans.

Les atteintes des petits vaisseaux vont, par ailleurs, toucher ceux des nerfs. Et plus la fibre nerveuse est longue, plus les filets vasculaires sont fragiles. C’est pour cette raison que les polyneuropathies touchent plus fréquemment les membres inférieurs. Le pied est le plus fréquemment concerné: l’atteinte des nerfs lui fait perdre sa sensibilité ce qui peut être à l’origine de blessures pouvant dégénérer. L’examen des pieds est donc également particulièrement important dans le suivi des diabétiques. Encore aujourd’hui, les plaies du pied   parfois associées à une artérite des membres inférieurs mal soignées sont responsables de 8000 amputations par an!

Contrôler sa glycémie si l’on est à risque

La liste des pathologies liées au diabète ne s’arrête malheureusement pas à ces complications. La maladie augmente également le risque de maladies parodontales, de maladies infectieuses, de dépression, voire de certains cancers… Voilà pourquoi, comme le rappellent les spécialistes: «Il n’y a pas de petit diabète». Mais si cette maladie est potentiellement grave, une bonne prise en charge et un diabète bien équilibré permettent de diminuer très fortement le risque de complications. C’est pourquoi les patients doivent se saisir de leur santé, comprendre les enjeux et acquérir les compétences pour leur suivi. Leur participation est essentielle, elle passe forcément par l’éducation thérapeutique.

Encore faut-il savoir que l’on est diabétique. Or, aujourd’hui, beaucoup vivent avec une hyperglycémie et ne sont pas diagnostiquées. Pourtant, il suffirait d’une simple prise de sang pour la dépister: le diabète est avéré lorsque la glycémie à jeun s’élève à plus de 1,26 g/l lors de deux dosages consécutifs. «Ce dépistage, simple et peu coûteux, devrait être systématiquement proposé après 40 ans chez les personnes à risque.

Mais qui est à risque? La liste est simple. Il s’agit des personnes en surpoids, dont le périmètre abdominal est supérieur à 94 centimètres pour les hommes et 80 centimètres pour les femmes, tous ceux dont l’un des parents au moins est diabétique, les hypertendus qui ont trop de cholestérol, les fumeurs (dont le risque de diabète est augmenté), ou encore les femmes ayant eu du diabète lors de leur grossesse. Et il faut rappeler que plus le diabète est diagnostiqué tôt, plus il est facile de le traiter.

Une maladie à vie

Le mieux serait même d’intervenir avant la survenue de la maladie. Lorsqu’on est diabétique, c’est pour la vie, même lorsqu’on arrive à ramener la glycémie à la normale, ce qui arrive… C’est une rémission, jamais une guérison. Or, quelques années avant d’entrer dans la maladie la plupart des diabétiques, vont développer un «prédiabète». Une «zone grise» entre l’état normal (une glycémie à moins de 1 g/l) et le diabète. À ce moment-là, une bonne hygiène de vie consistant à perdre du poids et à pratiquer 30 minutes d’activité physique par jour diminue de moitié le risque de développer un diabète.

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